Partager l'article ! Quel est le comble de Murakami ?: Mon premier livre de Haruki Murakami possède un statut un peu spécial puisq ...
Mon premier livre de Haruki Murakami possède un statut un peu spécial puisqu’il s’agit non pas d’un roman mais d’un Autoportrait de l’auteur en coureur de fond ; titre littéralement juste, l’auteur s’adresse directement à son lecteur et lui raconte la manière dont il règle sa vie et puise son énergie pour l’écriture, grâce à une activité physique qu’il pratique quotidiennement, courir. J’avais voulu faire le malin et prendre comme première lecture de Murakami ce livre particulier dans l’ensemble de ses écrits. Malheureusement, après l’avoir terminé, je pense qu’il s’agissait là d’une erreur, oui il s’agit d’une erreur. Je pense qu’il ne s’agit pas d’un bon livre pour découvrir cet auteur, il ne s’agit d’ailleurs pas d’un bon livre tout court, ni même mauvais. A ceux qui ont déjà quelques romans de Murakami à leurs actifs, le livre peut être intéressant en tant qu’il nous fait découvrir l’auteur en question, on y apprend certaines « confidences inédites », « la source cachée de l’œuvre de Murakami », la « sagesse à la japonaise », tout cela scandé par une quatrième de couverture ; on y apprend s’y peu en fait. J’avertis tout de suite pour ne pas trop fâcher les fans de Murakami, je désire lire son bouquin, Kafka sur le rivage, je suis certain qu’il y aura déjà plus de matière à se mettre sous la dent, à voir s’il rehaussera ce que je dis ici et maintenant. Et ce que j’essaye de dire c’est mon sentiment d’indifférence une fois la lecture terminée, le sentiment de ne pas avoir été marqué ou pris ou travaillé par une écriture. Le sentiment d’avoir en face de soi un personnage, certes par moment intriguant, certes tombant juste quelquefois, mais dans l’ensemble ce sentiment d’avoir un personnage qui ne dit pas grand chose. Mon premier Murakami se termine dans un grand « bof » familier.
Le problème de ce livre c’est qu’il est trop travaillé, l’écriture n’est pas fluide, elle ne coule pas d’elle-même. L’écriture est prise dans une rigidité amicale qui ne lui permet pas de prendre le pas sur les anecdotes et confidences, alors que cela aurait été la moindre des choses que l’esprit et l’énergie de la course, tant décrits, influent sur l’écriture pour qu’elle-même s’élance. Je ne suis pas en train de dire qu’il eut fallu une écriture rapide, saccadée ou morcelée, je ne dis pas non plus qu’il eut fallu qu’elle soit sport, ce que je dis c’est qu’on sent qu’elle est trop travaillée, du coup elle fonctionne mais la fluidité de la course se perd, son combat aussi, puisqu’il s’agit aussi de se dépasser. C’est un livre que Murakami a eu du mal à écrire, forcément parler de soi cela peu apparaître plus difficile, et comme il a eu du mal à l’écrire, le livre est lourd de passages raturés et rectifiés que l’on devine pendant la lecture. Ou encore, la présence de l’hésitation de l’auteur à écrire telle chose de telle manière qui transperce malgré l’évidence de la figure du coureur.
Je ne juge pas ce coureur, moi-même je ne cours certes pas mais pour avoir fait du sport (et je continue encore), je comprends et m’identifie à certains des dires de l’auteur, pour lesquels je ne peux qu’admettre une justesse du propos et de l’émotion ressentie, par contre je juge le livre, et celui-ci me laisse assez indifférent. Le coureur est double : il y a d’abord le coureur qui pratique la course comme activité physique quotidienne. Grâce à elle, l’auteur règle sa vie ce qui lui permet de mieux l’aborder, la comprendre, et par voie de conséquence cela lui permet d’écrire sereinement. Puis il y a le coureur en recherche de défis, celui de son propre dépassement, celui qui se fixe des objectifs et décide coûte que coûte de les atteindre ; qu’importe que mes jambes hurlent, je continue. Ces deux coureurs se côtoient et alimentent tous deux le travail d’écriture de Murakami. Dès lors, écrire sur ce qui permet l’écriture est une entreprise difficile, car, ouvrant grand les deux, c’est prendre le risque qu’ils se défassent aussi surement qu’une pelote de laine se déroule. Pari raté donc, ce lien physique et affectif entre l’écriture et la course, ne se ressent pas à la lecture de ce livre ; voilà littéralement un comble.
S’ajoute à ce gros problème, je le dis pêle-mêle : des passages répétitifs qui ponctuent l’ensemble du livre, du charabia sur le génie et le talent, des discours si succincts sur la musique qu’il aurait mieux valu rien dire, une interrogation assommante sur la vieillesse et la jeunesse, une esquisse de discours sur le métier de traducteur ; bref…cela n’aide pas à donner de l’intérêt au livre. De fait, c’est l’ensemble qui est mal fagoté rendant ainsi chaque interventions pataudes et sans conséquences.
Toute personne pratiquant un sport assez régulièrement se retrouvera dans certains mots de l’auteur, et alors, repensant à la mécanique de l’effort, à la joie et la souffrance du sportif, on en sourira autant qu’on acquiescera, mais cela ne change malheureusement pas le livre. Pour un auteur nommé par un bon nombre de lecteurs comme un des plus grands écrivains contemporains Japonais, moi je dis « bof » ; à nuancer avec ma prochaine lecture.
Baptiste Moussette